COMITE DU LOIRET DE BASKET BALL
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Emile FREZOT (1916-2001)

Préambule et remerciements

Le Président de l’Abeille de Gien ayant souhaité, à l’occasion du 85ème anniversaire du club, le 27 Juin 2010, rendre un hommage particulier aux fondateurs, ainsi qu’à Emile FREZOT, le plus illustre de ses membres, j’ai eu le plaisir et l’honneur d’évoquer ce jour là sa mémoire à travers des souvenirs de jeunesse consignés dans un texte Je me souviens d’Emile FREZOT. Le moment m’avait semblé opportun et propice pour solliciter auprès de Monsieur le Conseiller Général-Maire de Gien, Jean Pierre HURTIGER, présent bien évidemment, qu’un équipement, une école, une rue… porte un jour prochain le nom d’Emile FREZOT. Je dois dire que ma proposition avait immédiatement reçu un accueil très favorable et un accord de principe. Relayé par l’Abeille de Gien et son Président, Henri GAUDICHON, ce projet est sur le point de se concrétiser prochainement, par la volonté de la Municipalité. Cette biographie a donc été rédigée afin de permettre au Conseil Municipal de Gien de délibérer en toute connaissance de cause ; elle l’a été à partir de témoignages oraux ou écrits de personnes ayant connu et côtoyé Emile FREZOT, à un moment ou à un autre de sa vie. Tous les évènements, situations, dates… qui y figurent ont été corroborés au moins une fois par une autre source.
Je remercie très chaleureusement ceux qui m’ont apporté leur aide précieuse. Qu’ils sachent que, sans eux, je n’aurais jamais pu "reconstituer" le parcours d’Emile FREZOT, d’une manière aussi complète, précise, et surtout aussi exacte.
Je suis très reconnaissant à Madame Jacqueline FREZOT pour sa gentillesse, la précision de ses renseignements et le prêt de documents ; à Olivier FREZOT, Conseiller Régional de la Région Centre et petit-fils de Paul, frère d’Emile, et à ses parents ; à Denis MARDESSON, Maire d’Argent sur Sauldre et ancien universitaire, ainsi qu’à son oncle André ami d’Emile qui personnifie les liens d’amitié existant entre les deux familles ; à l’Abeille de Gien et notamment à René THIVIN, ancien Président qui a joué adolescent avec Emile FREZOT ; à Christian BURGUET, ancien co-équipier à l’U.S. Fès et ami d’Emile FREZOT ; à Alain BOVERO témoin de toute la période varoise ; au Comité Départemental Olympique et Sportif du Loiret ; à Christian CATHELINEAU, mon ami et complice, qui connaît mieux que personne depuis plus d’un demi siècle mon attachement à Emile FREZOT, et qui a su immédiatement en tant qu’ancien élève de l’ENSEP (promotion 1967-1970) et ancien "puciste" mobiliser les réseaux ENSEP et PUC, et plus particulièrement Jacqueline MARSENACH, Robert MERAND (hélas décédé depuis, le 27 Août 2011), Michel RAT, André SOUVRE, dont l’aide a été également précieuse.
biographie emile frezot 1 

Palmarès
International de Basket-Ball (24 sélections en Equipe de France dont 10 sous les couleurs de l’Abeille de Gien).
Champion de France UFOLEP en 1934 et 1935 avec l’équipe du Comité de l’Orléanais.
Champion de France OSSU en 1935 avec l’Ecole Normale de Melun.
Champion de France Militaire en 1939 avec le 30ème RADA d’Orléans.
Vainqueur des 8èmes Jeux Mondiaux Universitaires de 1939 à Monaco avec l’Equipe de France Universitaire.
Participation à 3 Championnats d’Europe : Kaunas en Lituanie en 1939 (4ème), Genève en Suisse en 1946 (4ème), Prague en Tchécoslovaquie en 1947 (5ème).
Champion de France FFBB en 1947 (joueur et entraîneur).
Vainqueur de la Coupe de France FFBB en 1954 et 1955 (entraîneur).
 
BIOGRAPHIE
Emile FREZOT est né le 11 Novembre 1916 à Argent sur Sauldre dans le Cher ; il est décédé le 21 Janvier 2001 à Toulon, alors qu’il venait d’avoir 84 ans, des suites d’une chute d’échelle survenue dans sa maison de Sainte Anne d’Evenos dans le Var.
Il était le dernier né d’Antoine FREZOT (1844-1918) et de son épouse Armantine RAFFESTIN (1878-1971) qui eurent 10 enfants (6 garçons et 4 filles).
Emile ne fut pas le seul basketteur de la famille, puisque André (né en 1910) et Paul (né en 1912) firent eux aussi les beaux jours de l’Abeille de Gien, et cela dès les premières années du club qui fut créé en 1925.
Après un début de scolarité à l’Ecole primaire d’Argent sur Sauldre, le jeune Emile FREZOT rejoint, en 1927, Gien dans le Loiret tout proche, et plus précisément son cours complémentaire où il est pensionnaire.
C’est là, au sein de l’Abeille de Gien, qu’il va découvrir le Basket-Ball, ce sport venu des Etats-Unis qui se développe avec beaucoup de succès en France, et qu’il marquera dans quelques années de son empreinte, avec ses convictions et ses valeurs, et surtout ses méthodes avant-gardistes.
Ayant obtenu le Brevet Elémentaire, il intègre en 1933, l’Ecole Normale de Melun en Seine et Marne, avec laquelle il est Champion de France OSSU de Basket-Ball en 1935. Nommé Instituteur à sa sortie de l’Ecole Normale, il est affecté à Provins en Seine et Marne en 1936, où il exerce jusqu’au 15 Octobre 1937, date à laquelle il est appelé sous les drapeaux au 30ème RADA d’Orléans pour y faire son service militaire, tout en restant licencié à l’Abeille de Gien dont les joueurs composent dans son intégralité l’équipe de l’Orléanais qui vient d’être Championne de France UFOLEP en 1937 et qui le sera à nouveau en 1938.
Le 21 Octobre 1938, Emile FREZOT est appelé pour la première fois en Equipe de France alors que celle-ci rencontre la Grande Bretagne. La France l’emporte 26-23 et il marque 6 des 26 points français. En fin d’année, l’autorité militaire le désigne pour suivre un Stage de Moniteur d’Education Physique, du 2 Décembre 1938 au 27 Janvier 1939, à l’Ecole Supérieure d’Education Physique de Joinville ; à sa sortie il rejoint son unité, le 30ème RADA d’Orléans, avec qui il va être Champion de France Militaire. Fin Mai 1939, Emile FREZOT fait partie de la sélection française qui dispute les 3èmes Championnats d’Europe à Kaunas en Lituanie, alors que les menaces de guerre se précisent. Cela n’empêchera pas cette compétition d’être déterminante dans l’évolution du Basket-Ball en France et ailleurs. La façon de jouer de certains lituaniens, disposant aussi de la nationalité américaine, est observée et disséquée par Emile FREZOT, véritable chercheur de 22 ans et quelques mois ! Assimilant des notions nouvelles en Europe : l’avant-piquet, le pied de pivot, la diversité des shoots, les fondamentaux de défense… il crée une "méthode de jeu" qui fera école, et que les initiés identifient depuis sous le vocable d’"Ecole FREZOT", car « avec lui on ne joue pas comme l’on voudrait jouer mais comme l’on s’est entraîné ».
Le 3 Septembre 1939, lorsque la guerre éclate, quelques semaines après Kaunas et les 8èmes Jeux Mondiaux Universitaires du mois d’Août à Monaco, qu’il vient de remporter avec l’Equipe de France Universitaire, Emile FREZOT a été muté la veille au 314ème Régiment d’Artillerie qui part en campagne dès le 13 Septembre. Il fait encore l’objet, le 29 Mai 1940, d’une nouvelle et dernière affectation au 324ème RA cette fois, à moins d’un mois de l’armistice, qui intervient le 22 Juin. Durant les 9 mois et 20 jours que durèrent les hostilités, le Maréchal des Logis Emile FREZOT aura fait et bien fait son devoir, comme l’atteste sa citation à l’ordre du Régiment en date du 30 Juin 1940 : « A pris part aux combats qui se sont déroulés du 10 au 18 Juin 1940 entre Château-Thierry et la Loire. Pendant cette période où le Régiment a dû continuellement combattre et manœuvrer, s’est montré à la hauteur de ses fonctions et a fait preuve de belles vertus militaires ». Démobilisé le 10 Août 1940, il est nommé à la rentrée scolaire suivante instituteur à Gien, où il est chargé de l’enseignement de l’Education Physique, et va ainsi pouvoir continuer à porter les couleurs de l’Abeille. Au printemps 1941, il fait partie des 130 sportifs français qui effectuent une tournée en Afrique du Nord, de Marrakech à Tunis, en passant par Casablanca, Oran, Alger et Constantine. En Octobre 1942, Emile FREZOT rejoint Paris où il enseigne l’EPS en qualité de Moniteur au Lycée Louis le Grand de la capitale, et où il adhère au prestigieux club universitaire parisien, le PUC, en tant que joueur-entraîneur. Durant les années d’occupation, pour pallier l’absence de compétitions internationales, plusieurs rencontres annuelles sont organisées en province entre la sélection de Paris, dans laquelle il est retenu, et des sélections régionales. Emile FREZOT intègre à cette époque l’Ecole Normale Supérieure d’Education Physique –ENSEP– (promotion 1943-1945) et obtient le professorat d’EPS. En 1946, il est affecté à l’Institut National des Sports (INS) qui a été créé l’année précédente et qui regroupe l’élite de l’encadrement sportif français, toutes disciplines confondues. Il a entre-temps épousé le 1er Juin 1944 à Paris, Jacqueline EVRAT, qui lui a donné un fils, Jean.
Avec la fin de la guerre, il a retrouvé le maillot de l’Equipe de France qui a rencontré la Belgique le 14 Octobre 1945 ; il le portera quasiment pour toutes les autres épreuves internationales et matches qui suivront, et notamment les Championnats d’Europe de 1946 à Genève en Suisse et de 1947 à Prague en Tchécoslovaquie, où prend fin sa carrière internationale, le 2 Mai 1947, avec une victoire (45-41) face à la Hongrie et 24 sélections en Equipe de France, dont les dix premières sous les couleurs de l’Abeille de Gien. Au cours de cette même année 1947, il est Champion de France avec son club, le Paris Université Club. Après avoir été un éphémère entraîneur de l’Equipe de France en 1945, il fonde en 1948 l’Amicale des Entraîneurs qui a immédiatement posé les bases d’une formation ambitieuse des cadres techniques et de son suivi, par le biais de stages pratiques, accompagnés de la diffusion régulière du bulletin Servir le Basket, support d’information de très haute qualité. Le rôle joué par cette Amicale, aujourd’hui oubliée, a permis de former plusieurs générations d’entraîneurs compétents qui ont donné ses lettres de noblesse au Basket français.
En Avril 1949, il part pour le Maroc où il occupe un poste de professeur d’EPS au Lycée Mixte de Fès. Il prend en main l’U.S. Fès, un des meilleurs clubs du Maroc, et va en faire un véritable champ d’expérimentation pour ses conceptions d’avant-garde. Son action s’étend, notamment par le biais de la sélection du Maroc qu’il prépare, à de nombreux clubs locaux, ce qui va permettre au Basket marocain de faire d’énormes et rapides progrès concrétisés par l’incorporation en Equipe de France de trois de ses joueurs dans le milieu des années 1950. Après trois saisons, Emile FREZOT rentre en France en Juin 1952, laissant beaucoup de regrets auprès d’une population de Fès qui l’avait adopté et qui l’estimait.
De retour à Paris, Emile FREZOT, qui réintègre le PUC, est nommé professeur à l’ENSEP où il assure un remplacement pendant quelques années, puis ensuite professeur d’EPS à l’Ecole Polytechnique. Il met alors définitivement fin à sa carrière de joueur –il a 36 ans– pour se consacrer à l’équipe fanion du PUC. Sous sa direction celle-ci va jouer les premiers rôles, en terminant notamment deuxième du Championnat de France en 1955, 1957, 1958, puis en s’octroyant également la Coupe de France en 1954 et en 1955 ; mais en fournissant aussi à l’Equipe de France de prestigieux joueurs formés selon ses conceptions et ses méthodes. Ces années fastes furent le couronnement des valeurs et de l’esprit "pucistes", très certainement généré par l’historique première tournée d’une équipe française de Basket-Ball aux Etats-Unis, qu’effectua le PUC en 1954. Nommé, avec un de ses collègues, entraîneur-adjoint de l’Equipe de France par le Bureau Fédéral, en vue des Jeux Olympiques de Melbourne de 1956, ils décident tous deux, écœurés par de basses manœuvres et intrigues, de démissionner avant le départ pour l’Australie. En désaccord avec la présidence du PUC sur le choix de l’orientation à prendre pour se maintenir au top de l’élite, il préfère rester fidèle à ses convictions et ses valeurs, et passe la main en 1958 ce qui n’empêchera pas que ses joueurs soient, sur leur lancée, encore seconds en 1962, Champions de France en 1963, et remportent la Coupe de France ces deux mêmes années.
Sans doute déçu, Emile FREZOT opte à nouveau pour le soleil, celui du Var cette fois, où il occupe à la rentrée 1966 un poste de professeur d’EPS au Lycée Beaussier de La Seyne sur Mer. Il entraîne alors durant cinq saisons le Sanary Basket Olympique, qui évolue un moment dans l’antichambre de l’élite. A la fin de la saison 1971, toujours fidèle à ses valeurs, il accompagne cette fois sept joueurs peu enclins auxdits arrangements, qui après une année "sabbatique" passent au Club Sportif Municipal de La Seyne sur Mer, lequel va accéder de la Régionale en 1972-1973 à la Nationale 3 en 1975-1976, avant de réintégrer la Régionale. Il cesse alors d’entraîner l’équipe fanion, tout en gardant un rôle actif de conseil auprès de tout l’encadrement du club. Toutefois, sollicité en 1977-1978 par les parents de l’équipe des poussines, il s’ouvre un nouveau "laboratoire", ce sera la dernière expérimentation de ses méthodes légendaires bien connues des initiés, et ô combien éducatives, d’enseignement du Basket-Ball. En moins de six ans, il va transformer une équipe classique d’un club traditionnel en une équipe minime solide, qui après avoir raflé les titres départementaux et régionaux, parviendra en quart de finale du Championnat de France 1981-1982, vaincue par plus forte qu’elle, le Stade Clermontois qui recevait. Emile FREZOT, toujours disponible, gardera encore pendant plusieurs années ses fonctions de soutien à l’encadrement technique du club, avant de cesser toute activité à plus de 70 ans.
Homme de convictions, discret, peu enclin aux compromissions, aussi exigeant avec lui qu’avec les autres, pouvant paraître hautain mais très humain, précurseur, pédagogue, éducateur hors pair, Emile FREZOT, fut un des deux plus emblématiques entraîneurs du Basket français du 20ème siècle, deux hommes que tout différenciait… hormis leur très grande compétence et l’amour qu’ils portaient tous deux à leur discipline : le Basket-Ball.
 
Fait à Orléans, le 1er Octobre 2011.
 
Jean ROS
Ancien élève d’Emile FREZOT au Lycée Mixte de Fès et à l’U.S. Fès,
puis entraîneur FFBB 3ème degré
et militant du Mouvement Olympique et Sportif dans le Loiret et en Région Centre.
Titulaire de 62 licences FFBB consécutives depuis la saison 1950-1951.
Chevalier de la Légion d’Honneur.
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